Pratiqué par la population des hauts plateaux malgaches, le « Famadihana » est un rite ancestral qui a pour objectif d’honorer tout d’abord l’ancêtre. Cela se traduit par le traitement réservé à leurs ossements. En effet, le but du famadihana est de prendre soin des ancêtres, de les chouchouter en quelque sorte, malgré le fait qu’ils soient morts depuis déjà longtemps.

Ce qu’est réellement le Famadihana

Le Famadihana est avant tout une très grande cérémonie où familles, voisins et connaissances sont tous invités puisque pour les malgaches, les ancêtres gardent une place importante dans leur vie. Bien que boudé par les chrétiens, les habitants des campagnes des hauts plateaux demeurent de fervents pratiquants du Famadihana. Le retournement des morts est, comme son nom l’indique, un rituel dont le but est de recouvrir le reste des corps des ancêtres dans un nouveau linceul. Cela afin d’obtenir leur bonne grâce ainsi que la protection des « Razambe » ou des ancêtres contre le mauvais œil et pour la prospérité de la famille. Pratiqué depuis la nuit des temps par la population, le Famadihana ou retournement des morts cède peu à peu le terrain face à l’arrivée du christianisme. Néanmoins, Il reste encore très prisé dans les villages en retrait de la ville.

Le déroulement du Famadihana Malagasy

Le début du Famadihana dans une famille débute souvent par un rêve fait par un membre de la famille. Ce rêve se traduit souvent par un « Ecoutez tous ! J’ai rêvé de grand père la nuit dernière, il m’a demandé de vous apporter un message qui dit qu’il faut le recouvrir car c’est l’hiver et il commence à avoir froid. » De ces simples mot viennent par la suite toute une série de consultation auprès des sages ou des « mpanandro », communément appelé astrologues, pour retenir la date et l’heure précise à laquelle doit se tenir l’événement. Ce n’est que suite aux propos du « mpanandro » que les différentes étapes du Famadihana se mettent en place à travers le lancement des invitations, le recrutement des musiciens et la préparation du festin qui se compose de riz blanc et de viande de zébu ou de porc bien gras.

Le Famadihana en lui-même commence par l’ouverture du tombeau et la récupération des ossements des ancêtres. Cela se fait avec de nombreux rituels dont seuls les sages et les anciens connaissent le secret. Une fois les corps sortis, les « ancêtres » sont portés par les « zana-drazana », les « enfants des ancêtres » en traduction libre, tout en chantant et en dansant sur les rythmes des « Mpitsoka mozika » ou l’orchestre folklorique. Ce dernier exécute le « vako-drazana » qui est à la fois un concert de danse et de chants, dont les paroles proposent des conseils et des lignes de conduites morales aux spectateurs.
Vient ensuite le « Famonosana » où on enveloppe les ancêtres dans de nouveaux linceuls. Il est important de noter que durant tout le temps où les corps des anciens sont en dehors des tombeaux, la musique ne s’arrête jamais et la danse des « Zana-drazana » également alors que la cérémonie peut durer des jours entiers. Pour ce qui est de la nourriture, les organisateurs du Famadihana servent le « vary be menaka », un repas à base de riz et de viande bien gras, à tous les invités.

Le Famadihana, un rituel en voie de disparition

Il est vrai que la pratique de ce rituel est en régression depuis une trentaine d’année déjà. La régression du Famadihana s’explique dans un premier temps par un problème économique puisque la cérémonie est très coûteuse et les différentes crises qui subsistent depuis des décennies dans le pays provoquent une récession des moyens financiers au niveau de la population. Par la suite est venue le christianisme, qui est l’une des clés de voûte du recul du Famadihana vers les zones rurales uniquement.

En effet, comme la plupart des riverains se sont convertis à la religion chrétienne, le rituel ancestral est placé au rebus puisque d’après la Bible, invoquer les ancêtres est un péché. C’est donc pour cela que la plupart des malgaches ont abandonné le retournement des morts.
Cependant, force est de constater que cette interdiction du Famadihana en a fait naître une nouvelle forme puisque nombreux sont ceux qui le pratiquent encore mais d’une façon plus détournée.

Cette pratique qu’est le Famonosana montre que malgré le fait que le Famadihana en lui-même demeure un tabou pour les chrétiens, les malgaches continuent d’honorer leurs ancêtres et de garder le lien avec les leurs, qu’ils soient morts ou vivants. Le renouvellement du linceul est un moyen détourné de dire aux « Razambe » qu’on ne les a pas oubliés et qu’ils demeurent partie intégrante de la famille.Sans recourir aux grandes cérémonies qui font l’essence du rituel, la plupart des malgaches usent du « Famonosana » qui consiste simplement à recouvrir un parent lors d’un enterrement dans le même tombeau.

Entre la vénération et le respect

Le Famadihana est une des spécificités des hautes terres malgaches, il est surtout apprécié par les spectateurs et les étrangers pour son aspect très folklorique, vu que la pratique n’a pas beaucoup changé depuis sa mise en place, il y a des siècles de cela. Et ce, d’autant plus que les musiciens et les danseurs traditionnels offrent un spectacle hors du commun. Situé à mi-chemin entre la vénération des ancêtres et la volonté d’être respectueux envers les siens, la pratique ou non du Famadihana suscite encore de nombreuses discussions dans la société malgache.