Libertalia, utopie de pirates

Mythe ou réalité ?

Histoire de pirates

Le Libertalia

En 1724, un certain capitaine Johnson publie une « histoire générale des plus fameux pirates ». Il affirme avoir récupéré à La Rochelle un manuscrit des mains d’un marin. Ce texte relate l’histoire d’un capitaine Misson qui aurait créé à Madagascar une république des pirates, du nom de « Libertalia » et qui se serait installée au fond de la baie de Diego Suarez. De nombreux exégètes se sont interrogés sur la personne de ce capitaine Johnson dont nul n’a jamais entendu parler. Selon certains, ce serait Daniel Defoe, l’auteur de « Robinson Crusoé » qui se dissimulerait derrière ce pseudonyme.

Madagascar : le nouveau refuge

Comme il a été précédemment relaté (cf. Madagascar et la piraterie), à la fin du XVII° siècle, les pirates sont contraints d’abandonner les Caraïbes. Ils naviguent vers l’Océan Indien parcouru par de nombreux navires aux riches cargaisons en provenance des Indes. Madagascar leur offre de nombreux avantages, refuges faciles à défendre et ravitaillement facile.

Un voyage vers la liberté

Selon ce que rapporte le capitaine Johnson, au début du XVIII° siècle , un nommé Olivier Misson, issu de la petite noblesse provençale embarque à bord d’un navire qui porte le nom de la « Victoire ». Au cours d’un voyage en direction des Antilles, il se lie d’amitié avec un moine dominicain du nom de Caraccioli aux idées progressistes peu orthodoxes. À l’issue d’un dur combat naval, Misson demeure le dernier officier vivant. Il convainc les survivants de l’équipage de voguer vers la liberté en ce faisant pirates. D’abordages en canonnades, la « Victoire » rejoint l’océan indien. Dans toutes leurs actions, Misson et ses compagnons font montre de mansuétude en épargnant les équipages vaincus et en libérant les esclaves découverts et en leur proposant de se joindre à eux.

Découverte de Diégo Suarez

Misson, Caraccioli et leurs compagnons font une escale prolongée dans l’île d’Anjouan dans l’archipel des Comores. Ils épousent des autochtones avant de rejoindre la baie de Diégo Suarez. Ils sont conquis par la beauté du site, difficile d’accès, mais facile à défendre. C’est là qu’ils fondent l’établissement qu’ils baptisent « Libertalia ». Ils construisent des habitations, des fortifications, cultivent le maïs et élèvent des bœufs, des cochons et des volailles. La colonie prospère rapidement.

Une communauté hétéroclite

Il est difficile d’estimer le nombre de membres de cette communauté composée de Français, d’Anglais, de Hollandais, de Portugais, d’Anjouanais et d’esclaves libérés. Cette véritable tour de Babel repose sur une organisation politique unitaire et applique les idées attribuées à Misson et surtout à son compagnon, le moine défroqué. Autant que l’on puisse le déterminer, « Libertalia », colonie libertaire, se présente sous la forme d’une sorte de démocratie représentative qui refuse toute contrainte et nie le principe d’autorité. Une nuit, vers 1720, alors que Misson est en mer « Libertalia » est pillé et incendié par des indigènes. Caraccioli est tué tandis que Misson abandonne les lieux pour se diriger vers l’Amérique. Il se noie au cours de ce voyage.

Cette épopée frappe les esprits en rappelant de vieux mythes comme ceux de la société idéale ou du paradis perdu . . . Mais que penser de la réalité de cette aventure ? Elle ne repose que sur une seule et unique relation à l’origine inconnue qui ne fournit aucune date précise. Aucune preuve écrite de l’existence d’Olivier Misson et de Caraccioli n’a pu être avancée ; que cela n’empêche pas de rêver au supposé destin peu ordinaire de ces deux aventuriers.

Un peu plus d’un siècle plus tard, un certain Karl Marx se plonge dans l’étude de l’organisation politique de « Libertalia ». D’autre part, selon une légende, la première édition du « Capital » aurait été financée par un ancien pirate du nom de Jean Lafite qui avait écumé les Caraïbes au début du XIX° siècle.

De l’influence de la piraterie sur le marxisme. . . .