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L’orpaillage à Madagascar

L’orpaillage à Madagascar

Dès le XVII° siècle, les voyageurs et les traitants, nom que l’on donnait aux trafiquants, qui parcouraient Madagascar ont rapporté la présence de filons aurifères peu ou pas exploités. Parmi les nombreuses dispositions judiciaires édictées, en 1881, sous le règne de la reine Ranavalona II figurait l’interdiction de l’exploitation minière et de la prospection aurifère, sous peine de très dures sanctions.

Origines et période contemporaine

Léon Suberbie

Le 2 décembre 1886, un aventurier français du nom de Léon Suberbie a obtenu de l’inamovible 1° ministre Rainiliaiarivony une concession située à proximité de la ville de Maevatanana. L’accord signé entre les deux partis stipulait que si 10°/° des bénéfices revenaient au gouvernement malgache, les 90°/° restant étaient partagés à parts égales entre le 1° ministre et le concessionnaire. Tout au long des années confuses, de 1883 à 1887, Léon Suberbie était tout aussi bien espion qu’agent diplomatique au service de la France. Sur site, l’intéressé a créé une agglomération à laquelle il a donné son nom : Suberbieville. Lors de la campagne de 1895, Suberbieville sera le principal point de concentration du corps expéditionnaire français, avant la prise de Tananarive. On estime, mais sans certitude qu’entre 1888 et 1894, cette concession aurait produit plus d’une tonne d’or.

Suberbieville

En 1895, Léon Suberbie a conçu « la compagnie coloniale et des mines de Suberbieville et de la côte ouest de Madagascar ». En faisant croire aux souscripteurs que Madagascar était un nouveau Transvall, il recueillait plus de 5 millions de francs or. En 1898, le capital de la société était porté à 16 millions de francs or. Tout ceci devait se terminer en escroquerie et les petits porteurs qui bien souvent seront ceux qui avaient souscrit aux emprunts russes furent dépouillés pour le bénéfice des banquiers, organisateurs de ces opérations.

Une fois avérées, ces malversations ne pouvaient que calmer la fièvre de l’or. En 1920, à l’instigation du colonisateur, il a été procédé à un important inventaire des ressources minières de la Grande Ile. Aucune exploitation sérieuse ne fut entreprise à l’exception de celle du mica et du graphite.

Période contemporaine

Après l’indépendance, la fièvre de l’or a repris de plus belle. Trop de sites font l’objet d’exploitations sauvages pour qu’ils soient cités. Contentons-nous que de ne parler que des principaux. Les autorités estiment à, au moins, 50 000 le nombre d’orpailleurs clandestins qui s’activent dans toute l’île.

L’un des principaux sites d’orpaillage a longtemps été celui qui se trouve à Ibity qui est situé à une trentaine de kilomètres au sud d’Antsirabé. Au début, ce n’était qu’un cours d’eau qui irrigue les zones agricoles. Les nombreux trous creusés par les chercheurs ont provoqué l’érosion et l’ensablement des terres arables et des rizières, ce qui a provoqué une catastrophe écologique. Comme dans bien d’autres sites, la promiscuité de milliers d’orpailleurs a entrainé la prolifération des ordures ménagères et des matières fécales ce qui provoque de nombreuses maladies diarrhéiques et autres.

Betsiaka

L’afflux d’argent généré par le trafic de l’or amène la prostitution, la violence, l’insécurité et l’accroissement du coût de la vie. Comme beaucoup d’orpailleurs investissent leurs gains dans l’achat de bovidés, cela conduit à des attaques et vols. L’activité du site d’Ibity est en très nette diminution depuis l’ouverture de nouvelles carrières aurifères.

En raison de son importance, il faut mentionner le site de Betsiaka qui se trouve à 30 kilomètres de la ville d’Ambilobe. Il est exploité depuis 1970. Et son or qui est quasiment pur titre de 22 à 24 carats. Pour le trouver, au péril de leurs vies,les orpailleurs s’enfoncent sous terre sans aucune sécurité dans des puits qui peuvent atteindre 60 mètres de profondeur. Au burin et à la barre à mine, ils extraient la terre chargée du précieux minerai. Une fois remontée, c’est le passage à la bâtée qui permet de recueillir le précieux métal. Les rendements font l’objet d’une véritable orméta de la part des 10 à 12 000 chercheurs clandestins présents sur le site. Selon les uns le rendement serait faible tandis qu’il se murmure que certains recueilleraient 5 à 10 kg. d’or par semaine.

La vie sur le site

La vie s’organise sur le site avec tous les excès que l’on imagine. Les boutiques et autres épiceries pullulent. Elles sont tenues par les épouses et les filles des orpailleurs. Cette activité secondaire tendrait à prouver que tous, loin de là, ne font pas fortune. Comme dans toutes les activités de ce genre, ce sont les collecteurs qui dictent leurs lois et qui s’enrichissent.

Régulièrement, la découverte de nouveaux sites, comme celui d’Ankazotovo qui se trouve au nord-ouest de la province d’Antananarivo déclenche de nouvelles ruées. En quelques jours, ce sont 4000 à 10000 exploitants illicites qui se sont précipités sur les lieux.

Les revenus de ces exploitations échappent totalement aux autorités malgaches. C’est ainsi qu’en 2003, ce ne sont que 10 kg. d’or qui ont été officiellement déclarés. Bien qu’il soit difficile d’avancer des chiffres, ont estime que ce trafic s’élève annuellement à plus de 2 tonnes, principalement à destination de l’Asie.

A propos de l'auteur

Gérard Naal

Après des études de droit, Gérard Naal a servi pendant plus de trente ans dans divers services de la Préfecture de Police de Paris. La retraite lui a permis de revenir à sa vocation première, jusque-là contrariée : l’histoire. Gérard Naal en est venu à s’intéresser à Madagascar au travers de l’action humanitaire de son fils Jean-Christophe et de son épouse, Sapho. Pour l’intéressé, comme pour beaucoup de nos contemporains, le général Galliéni évoquait uniquement les taxis de la Marne et non pas son rôle de proconsul à Madagascar. Poussé par la curiosité et malgré toutes ses recherches, Gérard Naal a été fort surpris de constater qu’il n’existait pas de livre de vulgarisation, au bon sens du terme, consacré à l’histoire de la Grande Ile. De la lecture et de la prise de note d’éminents ouvrages qui ne risquent que d’intéresser un public averti, Gérard Naal en est venu à rédiger un livre intitulé « Abrégé d’histoire de Madagascar » publié aux éditions de l’Harmattan. Gérard Naal n’a pas la prétention d’être un historien, mais un passeur de l’histoire de Madagascar et de sa relation avec la France, sans esprit partisan et avec le recul que permet le temps écoulé.

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Grandes Latitudes

Grandes Latitudes est un organisme proposant des voyages solidaires aux adultes et familles à Madagascar dont elle est la spécialiste.

Grandes Latitudes est un projet issu de l’Economie Sociale et Solidaire. Le principe est donc de réinvestir la majorité des bénéfices dans le financement de ses projets de développement local.

De par ses voyages proposés et les rencontres qu’ils vont permettre, Grandes Latitudes est un outil de sensibilisation. Grandes Latitudes est également un outil de coopération, dans lequel chaque acteur est partie prenante des différents projets sociaux et humains.

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