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Madagascar et la piraterie

Madagascar et la piraterie

Madagascar et la piraterie

La piraterie est une pratique aussi vieille que la navigation. Jules César, lui-même, fut capturé par des pirates lors d’un voyage en Méditerranée. Il du payer rançon pour recouvrer la liberté et sa vengeance fut d’autant plus terrible.

Un peu d’histoire…

Corsaires et Pirates

Le pirate est un hors la loi que la corde attend en cas de capture. Le corsaire est le capitaine d’un navire qui opère dans le cadre d’un conflit pour le compte de l’un des belligérants. Il est muni d’une lettre de marque qui l’autorise à courir sus aux navires ennemis. Mais bien souvent, la frontière entre corsaires et pirates est facilement franchie. Avant chaque expédition, une chasse-partie est élaborée et soumise à l’approbation de tous les participants. Cette convention adoptée collectivement, est un code de conduite qui prévoit toutes les dispositions de l’expédition, de son objectif, de la discipline, des sanctions, du partage du butin et jusqu’aux indemnités que toucheront les blessés.

A la conquête de l’Amérique du Sud

La conquête de l’Amérique du Sud permet aux Espagnols de razzier d’incommensurables richesses et d’exploiter les mines d’or et d’argent de ce continent. Une fois par an, le « flota », un convoi de galions transporte vers l’Espagne, au travers des Caraïbes et de l’Océan Atlantique les richesses ainsi accumulées. Livrées aux fortunes de mer, elles ne peuvent qu’attirer toutes les convoitises.

Les Français s’installent dans l’île de la Tortue et les Anglais à la Jamaïque et à Saint-Domingue. Les Rackam le rouge, Jean-François Nau dit l’Olonais, Gramont et autre Henry Morgan ne se contentent pas de capturer des vaisseaux, mais ils s’emparent et soumettent à pillage ou rançon les principales villes côtières espagnoles comme Maracaibo. La période faste de la piraterie aux Caraïbes  ne dure qu’une quarantaine d’années à partir de 1640. En effet, au début du XVIIIe siècle le contexte politique change. La France et l’Espagne deviennent des alliés et en 1717  une flotte anglaise s’empare de Saint-Domingue.

Il est temps pour les pirates de quitter les Caraïbes et de rejoindre des précurseurs qui ont commencé à écumer le triangle formé par les côtes d’Afrique orientale, d’Arabie et d’Inde et dont la base est une ligne allant de Madagascar à la pointe sud de la péninsule indienne. Ces eaux sont parcourues par des navires arabes, hollandais et de la Compagnie anglaise des Indes orientales. Ils transportent des épices, des tissus couteux, de l’or, de l’argent et des pierres précieuses.

La découverte de Nosy Be

Ce sont des pirates français qui écument les premiers ces eaux à partir de la fin du XVII° siècle. Vers 1700, un Anglais du nom de John Every découvre Nosy Be et construit au fond de la baie d’Antongil un fortin facile à défendre. Pendant près d’un siècle, cette baie devient un repaire de pirates et une base arrière pour les razzias d’esclaves effectuées aux Comores et en Afrique orientale par les Betsimisaraka. À l’imitation  de John Avery, de nombreux pirates possèdent des installations fortifiées sur les rivages de Madagascar. Leur butin est écoulé par l’entremise de commerçants venus d’Amérique du Nord, à l’époque colonie britannique. Ce sont ces mêmes commerçants qui apportent les approvisionnements dont les pirates ont besoin. Au XVII° siècle, New York est l’un des principaux ports et marché d’esclaves d’Amérique du nord. C’est ce qui explique que des esclaves malgaches y soient vendus.

Les pirates à Sainte Marie

La plus célèbre de ces installations de pirates est celle de l’île Sainte-Marie qui se trouve à 5 km de la côte, au nord-est de Madagascar. Cette île qui mesure 49 km de long sur 5 de large présente de nombreuses anses et deux baies remarquables, Antongil et Tintingue. La baie d’Ambodifotatra et son ile aux forbans deviennent le port d’attache d’une vingtaine de bateaux de pirates dont on évalue le nombre à près d’un millier. Des figures légendaires comme celles de William Kidd ou Olivier Le Vasseur s’y réfugièrent entre deux expéditions. En mai 2015, une équipe de plongeurs a remonté d’une épave dont il est possible qu’il s’agisse du navire de William Kidd un lingot d’argent d’un poids de 45 kg. Ce lingot a été offert aux autorités malgaches. Cette découverte relance toutes les légendes au sujet des trésors que ces pirates sont censés avoir dissimulés dans la région.

Le cimetière des pirates

Une fois fortune faite, ou pas, ces hors la loi avaient coupé les ponts avec la civilisation et ils sont nombreux à s’être fait inhumer sur place. Un cimetière des pirates a été aménagé sur le flanc d’une colline qui domine la partie sud de la baie d’Ambodifotatra. On y découvre des pierres tombales noires gravées aux noms des pirates qui y reposent et qui arborent souvent le symbole du crane entouré de deux tibias croisés. Cette rupture avec la civilisation et les us et coutumes des pirates tels qu’ils sont évoqués dans la chasse partie allaient entrainer une expérience peu ordinaire, celle de Libertalia qui sera rapportée dans une autre chronique.

À partir du milieu du XVIII° siècle l’île est pacifiée par la marine royale française. C’en est fini de la piraterie à Madagascar. Il faudra attendre le début du XIX° siècle pour que des français, cette fois-ci des corsaires comme Robert Surcouf, se lancent dans l’océan Indien avec grand succès dans la guerre de course au détriment du commerce britannique.

A propos de l'auteur

Gérard Naal

Après des études de droit, Gérard Naal a servi pendant plus de trente ans dans divers services de la Préfecture de Police de Paris. La retraite lui a permis de revenir à sa vocation première, jusque-là contrariée : l’histoire. Gérard Naal en est venu à s’intéresser à Madagascar au travers de l’action humanitaire de son fils Jean-Christophe et de son épouse, Sapho. Pour l’intéressé, comme pour beaucoup de nos contemporains, le général Galliéni évoquait uniquement les taxis de la Marne et non pas son rôle de proconsul à Madagascar. Poussé par la curiosité et malgré toutes ses recherches, Gérard Naal a été fort surpris de constater qu’il n’existait pas de livre de vulgarisation, au bon sens du terme, consacré à l’histoire de la Grande Ile. De la lecture et de la prise de note d’éminents ouvrages qui ne risquent que d’intéresser un public averti, Gérard Naal en est venu à rédiger un livre intitulé « Abrégé d’histoire de Madagascar » publié aux éditions de l’Harmattan. Gérard Naal n’a pas la prétention d’être un historien, mais un passeur de l’histoire de Madagascar et de sa relation avec la France, sans esprit partisan et avec le recul que permet le temps écoulé.

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Grandes Latitudes est un organisme proposant des voyages solidaires aux adultes et familles à Madagascar dont elle est la spécialiste.

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