Madagascar et les baobabs

Il ya cent millions d’années, Madagascar s’est séparée de l’Afrique. Cet isolement a permis le développement d’une diversité exceptionnelle de la faune et de la flore.

Endémisme

Ce sont 13 000 espèces de plantes dont 80 à 90°/° sont endémiques qui prospèrent dans la Grande Ile. Cela signifie qu’elles ne sont observables qu’à Madagascar. Parmi ces espèces endémiques, l’une des plus remarquables est celle des baobabs. De par le monde, on compte huit espèces de baobabs dont six n’existent qu’à Madagascar.

L’Allée des Baobabs

L’un des sites le plus photographiés de la Grande Ile est l’Allée des Baobabs. Une douzaine d’arbres d’une trentaine de mètres de haut, âgés de 800 ans, bordent la route qui conduit à Morondova dans la région du Menabe, dans l’ouest de l’île. Comme nous le verrons plus loin, ils appartiennent à l’espèce Andansonia grandieri. Ce sont les derniers survivants de ces forêts tropicales denses qui ont prospéré à Madagascar.

Baobabs et climats

Les baobabs ont su s’adapter aux différents climats de l’île. La côte orientale et nord offre un climat chaud et humide. La pluviométrie élevée explique la présence de forêts luxuriantes. Au contraire, le sud-ouest subit un climat aride avec une faible pluviométrie et des précipitations aussi irrégulières que brutales.

Les baobabs présentent un aspect massif et impressionnant. Leurs branches qui ressemblent à des racines donnent l’impression qu’ils ont été plantés à l’envers. Le tronc poli constitue une réserve d’eau qui permet à l’arbre de supporter des conditions climatiques sévères. Les feuilles n’apparaissent que pendant une courte période. Elles tombent pendant la saison sèche afin de limiter la perte en eau. La pollinisation est assurée par des papillons ou des chauves-souris tandis que la dissémination des graines est effectuée par les lémuriens et autres mammifères.

Un peu d’histoire…

Le nom scientifique des espèces de baobabs est précédé du préfixe Andansonia. Ce nom leur a été donné en hommage à Michel Adanson (7 avril 1727 – 3 août 1806). Il est la parfaite illustration de ces naturalistes comme Buffon qui se sont illustrés au Siècle des lumières.

Michel Adanson est remarqué par ses maîtres dès l’âge de 14 ans. Quelques années plus tard, il effectue un séjour de cinq ans au Sénégal. Il se livre à d’innombrables observations et rapporte d’importantes collections botaniques. En 1761, il publie sous forme de mémoire illustré la 1ère étude qui ait été réalisée sur les baobabs. À l’âge de trente ans, en 1757, il est élu à l’Académie des sciences. Malheureusement, Michel Adanson va se fourvoyer dans des tentatives de publications d’encyclopédies à compte d’auteur qui vont le ruiner. Il meurt dans la misère et le plus grand dénuement. Ces quelques lignes auront eu le mérite de rendre justice à ce savant, bien oublié, de nos jours

Sur les six espèces de Baobabs qui poussent à Madagascar, cinq sont endémiques. :

Adansonia grandidieri

Adansonia grandidieri

Andansonia grandieri ou baobab de grandiéri. Ce sont ceux que l’on rencontre dans l’allée du même nom. Il s’agit de la plus grande des espèces et ils peuvent atteindre 30 mètres de haut pour un diamètre de 7 mètres.

Andansonia suarezensis

Andansonia suarezensis

…ou baobab de Diego Suarez . C’est une espèce de grande taille en voie également de disparition qui se trouve dans le nord de l’île.

Andansonia perrieri

Andansonia perrieri

ou baobab de pierri est une espèce menacée dont il existe encore des spécimens dans la région d’Antsirana, dans le nord de Madagascar. Photo : Jacques Nicolin

Andansonia madagascariensis

Andansonia madagascariensis

ou baobab de Madagascar. Cette espèce n’est pas endémique à l’île, car il en existe quelques un à Mayotte. L’un des plus beaux spécimens est visible à Majunga. On les trouve dans les forêts sèches ou demi-sèches. Leurs tailles varient de 5 à 20 mètres. © Antoine

Andansonia rubrostipa

Andansonia rubrostipa

ou baobab fony est une espèce de petites tailles, 4 à 5 mètres de hauteur. Il est typique des forêts sèches, car il est capable de stocker de l’eau dans son tronc.

Andosonia za

ou baobab za est une espèce également en voie de disparition dont on découvre des spécimens dans le sud, l’ouest et le nord Ouest de l’Île.

Le baobab, sauveur des survivants de Mahalafy…

C’est dans le sud-ouest de Madagascar que se trouvent les zones les plus arides. Dans cette région ont découvre le vaste plateau calcaire Mahafaly. Il est bordé par deux cours d’eau, au nord le fleuve Onilahy et au sud, le fleuve Menarandra. Il n’offre ni eau de surface, ni lac, ni cours d’eau. Lors de la courte saison des pluies, les précipitations sont rares et brutales. La végétation dont les baobabs, s’est adaptée à sept mois de saison sèche et se présente sous forme de bush.

Les habitants de cette région qui ont donné leur nom à ce plateau, les Mahafaly, appartiennent à l’ethnie Antandroy. S’ils sont réputés pour leur art funéraire, ce sont de pauvres agropasteurs qui pratiquent l’élevage des zébus et des chèvres. Leur quête de nouveaux pâturages les contraint à une perpétuelle transhumance.

Dans le courant du XVIIe siècle, les Français ont tenté d’implanter un établissement dans le sud de Madagascar, à fort Dauphin. Cette expérience devait dramatiquement tourner court. Avant d’être contraints d’abandonner les lieux, les Français ont introduit dans la région la culture du figuier de barbarie, originaire du Mexique. Une fois les épines de la figue de barbarie ôtées, elle permet de nourrir et d’hydrater le bétail ce qui allait permettre le développement de l’élevage. À partir de 1920, et pendant une dizaine d’années, à une sécheresse particulièrement importante s’est ajoutée une invasion d’insectes parasites qui s’est principalement attaquée aux figuiers de barbarie. L’absence d’eau et de nourriture a entrainé une famine catastrophique qui a décimé la population Mahafaly et son bétail.

Ce sont leurs qualités d’observation qui vont sauver les survivants. Ils ont remarqué que l’eau qui stagne dans les cavités des troncs des baobabs ne croupie pas et reste longtemps consommable. La solution qui s’imposait et qui perdure était de creuser le tronc de ces baobabs afin de les transformer en citernes qui sont remplies d’eau lors de la saison des pluies. Ce sont plusieurs centaines d’arbres qui sont ainsi utilisées.

Cette pratique est unique au monde. Il n’existe pas d’explication scientifique qui justifie cette capacité que possède ce bois spongieux et de mauvaises qualités qui, au bout d’une attente de six mois après avoir été creusé, se transforme en une efficace citerne.

Malheureusement, ainsi que cela a été dit, les baobabs font partie des espèces en grand danger de disparition. Ce sont des colosses aux pieds d’argile qui sont victimes de la pression des activités humaines sur l’habitat forestier. Le défrichement fait disparaître les pollinisateurs et les disséminateurs ce qui interrompt le cycle de reproduction. La population vieillit et seuls les individus matures survivent. À plus ou moins court terme, on ne pourra que continuer à assister au déclin, déjà bien entamé, de l’espèce.

Photos : Nathanaël Olivéira Santos